Mardi 3 novembre 2009 2 03 /11 /2009 17:38
 



Photo Joelpat avec l'aimable autorisation de Joël - Tous droits réservés
Merci Joël

   


Y aura-t-il encore des matins, des jours et des nuits ?  Y aura-t-il d'autres aurores et d'autres crépuscules ? Des lumières éclatantes, d'autres crépusculaires ? Des sons et des couleurs ? Des images bleues de glace, blanches de neige ou dorées de soleil ?

 
Y aura-t-il encore les nuits percées de goélands aux ailes argentées d'éclats de lune ?

Y aura-t-il toujours le vent, le sable et l'eau ? Le bruit des vagues, le tumulte du torrent, le chant du ruisseau ?

 

Y aura-t-il encore le bleu de la lavande, le rose des bougainvilliers, le blanc du jasmin ? Le parfum des fleurs mêlé parfois à celui des algues ?

Y aura-t-il encore les terrasses des cafés et les bruits des marchés ? Des chats assoupis, roulés en boule à l'ombre d'un buisson ardent ? Ou jouant avec les flocons d'une neige inconnue ? Qu'y aura-t-il, là-bas ?

 

Y aura-t-il l'absence ? Des matins tendres, des journées douces, des soirées alanguies, des nuits secrètes ?

 

Y aura-t-il encore la peinture pour parler de la vie et conter des histoires ?

Y aura-t-il toujours la musique, une mélodie qui transporte, un instrument qu'on caresse, des sons qui naissent, des notes qui s'envolent ? Y aura-t-il encore la musique avant toute chose ?

 

Y aura-t-il des discussions passionnées ? Des échanges dans les rires, des affrontements dans la douleur ? Des silences nécessaires ? Des malentendus ? Des retours en douceur ? Des fuites et des peurs ?

 

Y aura-t-il des mots pour dire et pour traduire ?  Pour traduire le bonheur ou pour dire la douleur ? Pour révéler la joie, pour voiler la tristesse ?

 

Y aura-t-il ce que nos yeux perçoivent et l'envers du miroir ? Ce que l'on montre et ce que l'on tait ? Ce qu'on laisse deviner ou ce qui nous échappe ? Y aura-t-il des couloirs, blancs, nus, sans fin ? Des bruits, connus et inconnus, des bruits que l'on redoute, d'autres que l'on attend ? Des voix familières et des mots-pansements ?

 

Y aura-t-il une issue ? Un point de non-retour ? Une envie de lutter, une tentation de fuir ? Un désir de partir, et puis de se dissoudre ? Un besoin de s'enfuir et de n'être plus là ? Y aura-t-il le courage, y aura-t-il la force ? Ou bien la lassitude puis le renoncement ?

 

Y aura-t-il la cruauté de la douleur, le bonheur de l'apaisement ? Ou juste quelques marches pour tomber dans l'abîme ? Le repos du sommeil, le répit d'une conscience endormie ? Y aura-t-il le réveil, ou plus jamais de jour ? La nuit plus que le jour ?

 

Comment sera là-bas, cette terre inconnue ? Il m'a semblé, ce jour, accoster son rivage. Au détour d'un couloir.


 

N.B. Ce texte a fait l'objet d'une première publication sur un précédent blog et a été très légèrement remanié.



En complément de ce texte, un cadeau bouleversant reçu de mon ami Paul de Savalan. Merci Paul, merci.


ton corps


        
  comme le mien

                         a quelque chose en lui,

 

            (blotti)

 

qui       l  e                 p     e        n           s            e

 

Il nous dit que nous sommes   

                                     mais d’où nous parle-t-il ?

 

Est-ce à nous qu’il s’adresse ?

 

Parfois je l’entends qui murmure

 

je suis cette poussière d’êtres d’où naissent les étoiles.

 

 

Tes questions me harcèlent brûlées par tant de vents

au soleil confondues

 

 ta fragilité me meurtrit de son ombre

                                              au velours impalpable

 

Ta silhouette est dressée que la mer en son sable défait,

Mais ton corps pourtant

de ses replis fauves à jamais emplit mon regard.

 

Tu es la sculpture des temps

                                      et les vagues

                                                    et  les dunes

dont les répétitions disent et redisent ta beauté accomplie.

 

Le remuement de tes heures

                                      immobiles parfois

dessine un cadran aux zigzags  imprévus

immuables devenirs aux coups de dés perdus

 

Toi, toujours, de ta main grave au sang impénétrable

tu lances sibylline des cubes incertains

 

Tes questions les emportent

                        là-bas, où tous déjà nous sommes.

 

Comblés par ton visage tous les miroirs se taisent

              ils savent les réponses

                                   leurs reflets se sourient

                                   leurs tains se dissipent

               ils entrouvrent leurs éclats

mais ce n’est qu’en secret qu’ils te montrent et te disent

ce qui plus tard, bien plus tard, toi et moi nous attend.



Illustration musicale :
Messe en si mineur BWV 232 - Jean-Sébastien Bach -
Dona nobis pacem
Marc Minkowski et les Musiciens du Louvre
Editions Naïve - Date de parution : décembre 2008



Par Ghislaine - Publié dans : Vagues et pensées - Communauté : mémoire et écritures
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