Andante Moderato

Allégorie d'un couple avec Sainte Cécile – 1655
Nicolaus Knupfer (vers 1603 - vers 1660)
Huile sur bois 0,50 m x 0,67 m - Musée du Louvre, Paris
Un grand merci à Jean-Christophe pour ses précieux conseils dans la recherche du tableau choisi en illustration
Si l’histoire de Sainte Cécile est construite en partie de légendes, son histoire est
néanmoins basée sur quelques faits réels. Née à Rome dans la noble famille des Coecilia, jeune fille cultivée, fervente des arts et dotée d’un talent
tout particulier pour la musique, elle était parée de nombreuses vertus, dont la grâce, la beauté et l’innocence. Elle voua très jeune sa vie à Dieu et fit vœu de
virginité.
Mariée contre son son gré par son père à un jeune païen, Valérien, Cécile se retire le soir de ses noces pour invoquer en chantant la protection du Ciel, ceci expliquant sa vénération en tant que sainte patronne des musiciens. Lorsque les jeunes mariés se retrouvent dans la chambre nuptiale, Cécile fait valoir à son époux la présence d’un ange protecteur et vengeur que celui-ci ne pourra voir que s’il est baptisé. Valérien, jeune homme remarquable et de grande compréhension, accepte, par amour pour Cécile, de ne pas revendiquer les droits conjuguaux et de respecter son vœu.
Avec l’aide du pape Urbain, Cécile convertit Valérien au christianisme et celui-ci reçoit le baptême lui permettant de voir l’ange aux ailes de feu. Celui-ci couronne alors Cécile de roses et Valérien de lilas, cadeaux du Ciel, qui jamais ne sècheront ni ne perdront leur parfum. Au parfum des fleurs, invisibles à ses yeux, Tiburce, le frère de Valérien, est à son tour saisi par la foi chrétienne et baptisé, accompagnant ainsi son frère tendrement aimé sur le chemin de la foi.
Les jeunes époux vécurent dans la chasteté et le dévouement, Cécile chantant assidument les louanges de Dieu en s’accompagnant d’un instrument de musique.
S’appliquant ardemment à ensevelir les corps des martyrs chrétiens victimes des persécutions de l’empereur Marc-Aurèle, Valérien et Tiburcius seront arrêtés et condamnés à la flagellation et à la décapitation. Refusant de renier leur foi, ils seront exécutés et Cécile les ensevelira dans les catacombes de la Via Appia. Elle se consacrera alors à convertir les gens au christianisme. Elle-même arrêtée, et refusant de vénérer les dieux païens, elle est à son tour condamnée à mort.
Mais on n’exécutait pas ainsi une fille de la noblesse. Cécile est condamnée à être enfermée dans le sudatorium (salle de bain) de sa maison et à y suffoquer. La chaleur et la vapeur du foyer pourtant chargé à sept reprises n’avaient cependant toujours pas raison de sa vie. Quand, au bout d’un jour et une nuit, elle sombre dans l'inconscience, le préfet fou de rage ordonne sa décapitation. A la vue de Cécile dans ses intolérables souffrances, le soldat chargé de son exécution perd courage et frappe en vain à trois reprises. La loi romaine interdisant le quatrième coup, Cécile est abandonnée gisant dans son sang. Les chrétiens accourent pour essuyer ses blessures avec ses vêtements de lin sans la déplacer. Cécile survécut trois jours pendant lesquels elle n’eut de cesse de prêcher sa foi. A l’arrivée du pape Urbain, elle fit don de sa maison pour qu’y soit construite une église et légua aux pauvres ses biens. Puis, se tournant face contre terre, elle mourut le 22 novembre de l’an 230.
Elle fut inhumée dans la position exacte où elle se trouvait au moment où elle expira, les doigts étendus, dans les catacombes de Saint Callixte, parmi les plus importantes de Rome. A ses pieds furent laissés les vêtements ensanglantés ayant essuyé ses plaies.
Cécile et Valérien sont aujourd’hui à nouveau réunis pour l'éternité. Leurs reliques, ainsi que celles de Saint Urbain, furent placées à l'ombre d'une voûte
somptueuse sous le grand autel de l'église Sainte Cécile de
Trastevere, qui lui a été dédiée par Sfondrati.
La cérémonie de fermeture de la tombe avec les reliques dans un cercueil d'argent eut lieu en présence du pape lui-même et de quarante-deux cardinaux.
Sous cet autel se trouve une magnifique statue de marbre sculptée en 1601 par Stefano Maderno et représentant fidèlement la martyre baignant dans son sang ainsi qu’elle tomba après les coups et telle qu’on la
trouva lors de l'ouverture de sa tombe en 1599, son corps miraculeusement bien conservé. Le corps n'est pas au repos, les poignets semblent être liés et les doigts indiqueraient l'un, une
direction, celle de la foi, les autres, trois doigts tendus de l'autre main, la Sainte Trinité. Dans cette oeuvre, Maderno, fasciné par le modèle, a su exprimer toute la grâce de Cécile,
travaillant le marbre, ainsi qu'il l'indiquait lui-même, dans une "représentation
lumineuse et chaude".
A la création de l’Académie de Musique de Rome, en 1584, celle-ci sera placée sous la protection de Sainte
Cécile. Ainsi s'établit sa vénération, devenue universelle, comme patronne des musiciens. L'association de Saint Cécile avec la musique date de la fin du Vème siècle et est dûe aux pèlerins venus
vénérer ses reliques. Elle devint alors le sujet de bon nombre de représentations (peintures, fresques, mosaïques) et est à la source de prières et de chants qui ont contribué à sa popularité.
Les vers de John Dryden, Ode à Sainte Cécile, ont été admirablement mis en musique par Henry Purcell ; quant au poète Alexander Pope, il est lui aussi l'auteur d'une
Ode pour le jour de la Sainte Cécile.
C'est au XVème siècle que l'emblème de Sainte Cécile est devenu l'orgue. Dans l’iconographie, elle est représentée avec un orgue, une harpe ou un autre instrument de musique,
l’orgue étant le plus répandu. Les représentations antérieures subsistent, où elle apparaît couronnée de roses ou portant une palme, ou bien encore occupée à convertir son époux en conversant
avec un ange. Les plus anciennes images de Cécile sans instruments de musique ont été mises à jour au VIème siècle, sur des fresques romaines dans les catacombes de Saint Callixte. Après qu'elle a été peinte
par Raphaël en organiste, son image devient définitivement un sujet favori pour les vitraux.
| Mars 2010 | ||||||||||
| L | M | M | J | V | S | D | ||||
| 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | ||||
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | ||||
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 | ||||
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 | ||||
| 29 | 30 | 31 | ||||||||
|
||||||||||
C'est beau, comme la reconnaissance d'une filiation, comme l'aveu d'une continuité.
Ce n'est plus le temps retrouvé, c'est le temps nié.
Chère Ghislaine. Merci pour cette note qui nous apporte un bel éclairage sur cette "énigmatique" Sainte-Cécile. Je n'ai pas encore réussi à trouver de version convaincante de l'ode que lui a écrite Henry Purcell, ma conclusion étant alors certainement réductrice et consistant à m'interroger sur les raisons pour lesquelles elle est tant de fois enregistrée, jouée, par rapport à d'autres œuvre du compositeur anglais que je trouve bien supérieures (comme the Fairy Queen sui n'a certes rien à voir puisqu'on ne peut pas vraiment opposer un opéra à un "anthem"). J'ai été couté Philippe Herreweghe sur cette ode et qui m'a un peu déçu. Faut-il prendre un ton résolu, exalté, pour servir la glorification de la Sainte Patronne des musiciens ou bien, comme Philippe Herreweghe, partir de la finesse et de la subtilité extraordinaires de la musique de Purcell pour "revendiquer" une approche plus intériorisée, presque "mystique" ? La version que vous nous proposez d'écouter semble également pencher pour cette forme méditative versus la forme démonstrative. Je me trompe peut-être. Bien amicalement. Philippe.
Je ne reviendrai pas sur l'histoire de Cecilia, qui, comme toutes les histoires de saints, relève à mon sens de la légende
Pour ce qui est de Purcell, je trouve que son Ode à Sainte Cécile est loin d'être ce qu'il a composé de meilleur. J'en trouve le climat d'ensemble trop, comment dire... Mystique. Comme vous je pense qu'on est censé célébrer Sainte Cécile en lui rendant hommage, si ce n'est dans l'allégresse, ni dans l'exaltation, en tout cas pas dans un climat de mélancolie.
Ses anthems bibliques me semblent bien meilleurs (j'ai en tête l'enregistrement qu'en a fait Christie) et The Fairy Queen, toute comparaison en terme de forme de composition mise à part, est une oeuvre qui m'enchante et qui met en valeur l'écriture de Purcell. De même, je préfère la Musique pour la reine Mary (entre autres), pourtant si souvent interprétée et réentendue.
Pour ce qui concerne les différentes versions, j'ai essayé King, Mac Creesh, Gardiner pour les plus connues ; c'est Minkowski qui m'a le plus convaincue, toutefois juste derrière Herreweghe. Celle de Reyne me laisse un peu sur ma faim (j'ai fait avec les moyens du bord, le lecteur de mon blog m'ayant fait faux-bond le jour où j'ai publié la note, mais chuuuut
Je suis en plein dans Purcell puisque je m'apprête à diriger, bien modestement s'entend, et conjointement avec un de mes amis chef de choeur, le roi Arthur. Une expérience qui me plait beaucoup !
Je suis ravie de connaître votre point de vue et je renvoie les lecteurs qui voudraient se familiariser un peu plus avec l'Ode à Sainte Cécile de Purcell à votre note sur le Poisson Rêveur.
Merci infiniment de votre visite, Philippe, bien amicalement et au plaisir.
En tout premier lieu veuillez accepter mes excuses pour cette réponse bien tardive, dûe à quelques petits soucis.
Je n'ai guère de mérite pour ce billet où je n'ai fait que narrer la légende
Je comprends parfaitement votre sentiment face à l'Ode à Sainte-Cécile de Purcell, dont le ton n'est pas le même que celui de l'oeuvre de Haendel.
Je vous envie de les avoir entendues sous la baguette de Minkowski !
Merci Myriam de votre visite et bien sincèrement à vous.
Pour la gestion du blog, mieux vaut éviter safari (et leopard, ce doit être kif kif). Moi aussi, suis sous mac, et avec ce logiciel, ça ne marche pas vraiment. Télécharge, si tu ne l'as pas déjà, Firefox. C'est d'ailleurs ce que conseille Over-blog. Je n'ai plus aucun problème depuis que je procède ainsi. Safari pour surfer, firefox pour gérer le blog.
Le gif chez Jojo n'est pas visible, puisqu'on ne peut mettre en forme les commentaires chez lui, j'avais juste mis le lien (à copier, forcément). Je te le mets ici :
Trop bien le gif ! En effet il s'imposait celui-là !
Bises et belle soirée.
Pour Fanal j'ai choisi la phrase tiré d'un des livres d'un ami, Athanase Bopda : "Pour un monde en partage et non en division".
Le don, le partage, ce sont des valeurs bien semblabes.
Bises Ghislaine et amitiés,
Dany
Bises Dany, merci de ta visite.
Au fait, Ghislaine, ta bannière n'apparaît que sur les pages "accueil", pas sur les pages "articles" (ni quand on affiche les commentaires). Hélas... Men dette er ikke et drama ! Bon, j'arrête avec le norvégien, moi qui suis nul en langues étrangères. D'ailleurs, si ça se trouve, la traduction googlienne est peut-être très hasardeuse ! Si c'est comme de l'anglais au français, mort de rire !
Oh, zut alors ! Merci Hacène de me prévenir. C'est en fonction du navigateur sous lequel je fais les modifs on dirait, Mac OS X Léopard et Safari n'aiment pas Windows et IE et inversement apparemment. Ou si ce n'est pas ça, il va falloir que j'en appelle aux grands manitous d'Overblog
Là je ne peux rien voir chez Jojo, ni ton gif ni photos, tout est coupé, je ne peux pas poster de com.
Si ça marche chez toi, tu veux bien lui dire que ses photos de tempête sur le phare sont impressionnantes s'il te plait ? Il se balade, Jojo
Merci Hacène, bises et bonne soirée.
Au pain sec et à l'eau plate , pauvre petite misère cette St Cécile.. Des angelots dodus et sucrés " le plus rose des roses" , qui mènent à la mort mort l'amor , la fleur au revers du veston !
J'espère me dit grabuge qu'ils ont prévu pour l'entracte , des pops corns, quelques victuailles , quelques chopes de bière, des souris bien charnues, quelques tonneaux de vin que j'irais verser sur les flammes de l'enfer..Si au moins le petit Jésus nous prévoyait un petit câlin , mais même pas!
Grabuge est attablé avec Purcell , ils dégustent quelques cailles aux raisins ," la belle vie" ! Ne fréquentons les morts que quand ils sont vivants.
Belle journée Ghislaine , je vous embrasse.
Grabuge
Tu sais quoi Marie ? Je préfère la vision de la sainteté de Grabuge à travers tes jolis mots !

Belle soirée, je t'embrasse aussi.
"Merci de votre sourire, parce que vous venez me voir".
Det er vi som takk. God natt. Bises ;))
"C'est grâce à ton sourire, parce que tu viens me rendre visite." Presque gagné !
Bises
J'ai aussi appris que Ste Cécile était la patronne des musiciens. Du coup, me suis demandé qui pouvait bien être celui des photographes, même si je ne me prends pas pour l'un d'entre eux. Pas sûr qu'il y en ait un (forcément en charge de cette occupation depuis peu), mais des petits malins parlent d'un Saint Pose ! Moi ça m'irait, surtout Celui du midi, Pose déjeuner ! ;) Sinon, Saint Pathique, ce serait bien aussi ! :D
Plus sérieusement, merci pour ton texte d'une grande richesse. Suis moins bête ce soir que ce matin (mais je suis souvent un peu bête le matin !).
Aurais-tu quelque chose de Sainte Cécile, devant ton clavecin ?
(on ne te voyais pas assez bien sur le tableau choisi par Jean-Christophe ! ;) )
Bises et bonne nuit...
PS : un petit gif chez Jojo, là où tu as regretté qu'il n'y en ait pas.
Quelque-chose de Sainte Cécile ? Euh... Pas la sainteté ! Tu sais de qui elle est ? Demandé à JC, répondu : "Français ou italien, XVIème ou début XVIIème ou bien une toile du XIXème qui imite le style de la Renaissance." Pfffff, aucun mérite, c'est sa spécialité
Mais bon, on va un peu contrecarrer la sainteté avec la pin up Betty Boop
Hop, au travail pour traduire !
Je trouve que Valérien n'a pas de bol... non seulement il ne peut pas consommer son mariage et en plus, il est obligé de se convertir, tout ça pour finir occis...
Et c'est à Cécile qu'on écrit une ode?
(mais de rien!)
Sainte Cécile était à l'honneur chez les swinging papys et mamies, qui mettent toujours beaucoup de coeur dans le choeur ?
Et ta chorale emmenait ses petits chanteurs/euses à Rome ? Ouh... Y'a pas, t'étais sur la voie de la
sainteté 
Rhooo pauvre Cecilia... 
En écrivant tout ça (moi qui fuis les bondieuseries et tralalas) je me disais bien aussi que le saint, dans l'histoire, c'était Valérien
Un grand merci encore, Trollette, de tout coeur, pour cette superbe photo offerte pour devenir la bannière de ce blog et que je dois à ton talent de photographe. C'est un très beau cadeau !
Ce que mon Moravagine dit de Ste Cécile me pétrit d'effroi : Mener le diable vers la lumière divine ! On a déjà assez de mal à ne pas être séduit par les pompes et les ors divins, alors, se diriger vers elle en donnant la main au velu, quelle horreur !
La définition de la vertu comme sacrifice de soi-même dans l'Éloge de Richardson du bon Denis est toute aussi insupportable. Quand il s'agit de martyre, je préfère l'interprétation de René Girard dont la pensée toujours m'éblouit "Le [seul] sens de la mort du Christ est d'en révéler la violence sacrificielle". Un Golgotha de galatithe comme dit déjà plus sainement Derrida, le finaud, dans Glas.
Et si vient un moment où toutes choses deviennent feu, mieux vaut rester loin du bûcher, je t'assure ! Face à l'homme il n'y a que l'homme.
Merci de ce beau texte qui te vêt si bien, Dji et de ce bel accompagnement musical. Mais très peu pour moi le martyre ! Bisous prudents !
L'existence de Dieu implique de facto l'existence du Diable non, Paul ? Par conséquent si l'on ne croit pas en l'un, on ne croit pas à l'autre. Pour moi, la question est vite tranchée : l'un ET l'autre mais pas l'un OU l'autre
Donc, moi, Dieu, Diable et tous les saints et/ou anges déchus... Je vois
Cécilia, la musicienne, mais la notion de sacrifice, pfffiou... Je ne me pose même pas la question quant au Christ, qui reste à mes yeux un jeune rabbin dont l'histoire confirme l'existence à une
époque donnée et qui, pour avoir soulevé les foules, a subi le supplice institué par Rome, à savoir la crucifixion, dans toute l'horreur et la violence que celui-ci comporte. C'est l'Eglise qui a
introduit cette notion de sacrifice. Et l'Eglise et moi...
Juste Cecilia et la musique. Et Purcell.
Mais ne t'en fais pas, pas de bûcher ici ni de flammes de l'enfer
Bisous Paul.
A bientôt,
Bises
Dany
Bises Dany, merci de ton passage.
Je t'embrasse fort.
PS : le douceur mélancolique de ton illustration musicale me ravit.
La musique est. Elle a été, elle sera. Toujours. Elle est émotion, elle est partage. Elle est vie, elle est langage. Elle est pour moi, qui essaie de la servir au mieux, et pour toi qui l'honore avec coeur, un infini bonheur.
J'aime beaucoup ce passsage et je le trouve moi aussi tout empli de douce mélancolie.
Merci pour tes mots.
Je t'embrasse fort aussi.